Par-delà les chiffres

VIVRE PAR PROCURATION

GASPÉ, 30 mars 2016 -  L’affaire est connue. Il s’agit en fait de réussir à isoler les protagonistes à l’intérieur d’une même équipe, et en même temps, de délimiter les contours du débat de sorte que les seuls aménagements possibles soient ceux entre le pour et le contre. Ou si vous préférez, faire lever un débat entre deux groupes campés dans une logique d’opposition fondée sur ces deux seules positions.

Depuis qu’elle existe à partir de paramètres de développement qui lui sont imposés de l’extérieur, notre région peine à trouver des repères dans l’aménagement de son territoire, le développement de son économie et de sa société qui lui sont propres. Et il n’est pas surprenant d’entendre les échos des rencontres entre les élus municipaux et les préfets s’enfoncer en parti à l’intérieur des mêmes contours que ceux qui auront présidés à l’émancipation des disparités régionales, ou si vous préférez, les guerres de clochers. Cette manière ne se transposerait-elle pas aussi chez le corps enseignant, dans les cercles d’affaires, etc.?

C’était ce qu’il y avait de bon avec la CRÉ, elle aura permis de niveler ces disparités pour faire émerger des consensus qui auront grandement renforcé la région. Pensons à la Régie intermunicipale des transports (RÉGÎM) qui nous offre se fabuleux système de transport collectif ou encore à la Régie intermunicipale de l’énergie qui permet à toutes les municipalités participantes de tirer des revenus de l’énergie éolienne et ce, qu’elles aient ou non des tours dans leur périmètre municipal.

La question se pose, bien humblement envers nos élus municipaux et nos préfets, nos cercles d’affaires, dans l’enseignement. Bref, en collectivité. Compte tenu des problématiques structurelles que la Gaspésie traîne comme un véritable boulet dans son développement : taux de chômage important, perte démographique amplifiée par le départ des groupes d’âges aux deux extrémités de la pyramide, difficulté de relance  ou relance ponctuelle, effondrement de nos ressources naturelles, modèle d’exploitation encore basé sur l’extraction de ressources primaires faiblement transformées. Cela est aussi vrai pour le tourisme, la problématique récurrente des transports, etc.

Ne pourrions-nous pas attendre de ces gens : décideurs publics, gens d’affaires, gestionnaires d’institutions, enseignants, que nous regardions les défis bien en face et que nous réussissions à nous fédérer autour de projets qui permettront à la région d’apprendre à exister à partir d’elle-même et d’abord pour elle-même?

Plutôt que se complaire dans l’asservissement à l’étranger, dépasser notre façon j’oserais dire coloniale d’envisager l’avenir, étudier d’abord les paramètres du modèle avant de se lancer tête baisser dans l’action. N’avons-nous pas suffisamment dilapidé nos richesses et notre talent au profit d’autrui?

Comment tirer avantage des revenus de la Régie de l’énergie, développer un volet commercial à la Régie des transports, favoriser la circulation de capital à l’intérieur de la communauté afin d’avoir de meilleures bases d’investissement endogène.

Est-ce que nous ne serions pas dû pour des états généraux du développement de la Gaspésie? Par effet d’incidence, ne devrions-nous pas nous positionner sur le développement des régions du Québec tout entier et réinventer notamment notre modèle d’exploitation des richesses collectives?

S’investir dans le développement régional à partir des repères du siècle passé ne fera que nuire aux capacités de la région à réussir la transition économique qu’elle doit pourtant assumer si elle veut cesser d’exister pour les intérêts d’autrui, ou si l’on préfère, vivre par procuration.

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À PROPOS DE L’AUTEUR
Jean-François Spain enseigne au Cégep de la Gaspésie et des Îles à Gaspé. Il collabore notamment avec l’Institut de recherche en économie contemporaine de Montréal. Il blogue sur GRAFFICI.CA chaque troisième mercredi du mois à propos de questions portant sur notre économie régionale.

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