LE LIBRE MUSICIEN

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PERCÉ, 18 mars 2016  – Pendant près de dix ans, le journaliste indépendant Thierry Haroun a signé le Libre arbitre, une chronique d’opinion dans GRAFFICI. Aujourd’hui, l’homme de 48 ans s’exprime via les chansons du Gaspé Project, fruit de décennies de travail. Il lancera à l’automne un album court et prévoit donner des spectacles avec le groupe. L’occasion de découvrir le parcours singulier de ce résident de Percé.

Thierry Haroun, né au Liban, est arrivé vers l’âge de cinq ans à Montréal, où le quartier Ahuntsic l’a vu grandir. Le divorce de ses parents, après leur arrivée au Québec, a métissé l’entourage du jeune Thierry. Son père s’est remarié avec une Portugaise. Sa mère, avec un Français de la Martinique.

« Chez nous, on parlait français, anglais et portugais dans la même phrase », lance M. Haroun. Toutes les chansons du Gaspé Project, sauf une, sont d’ailleurs en anglais, une langue qui « porte mieux » ce qu’il a à dire, dit-il. Ses influences musicales – Gordon Lightfoot, Neil Young, Jim Croce, Joni Mitchell – sont des artistes folk anglophones.

Chez sa mère, les réceptions du samedi soir donnaient lieu à des concerts. « Hervé [son beau-père] jouait de la musique. Ma mère chantait le répertoire d’Aznavour, de Brassens, de Brel », raconte M. Haroun.

Un ado et sa guitare Harmony

Son beau-père, « la personne la plus importante dans ma vie », lui a appris ses premiers accords de guitare. « À l’adolescence, j’ai acheté ma première guitare, une Harmony, qui me sert sur l’album », ajoute M. Haroun.

Le langage châtié de Thierry Haroun pourrait faire croire à de longues études. Il a complété son cinquième secondaire, et « de justesse » dit-il. Avant de faire du journalisme, il a « livré des pizzas, des muffins, travaillé à la Banque Royale ».

Comment a-t-il abouti à Percé? « À 21 ans, j’ai vendu ma Renault 5 rouillée, j’ai donné mes meubles aux amis. J’ai pris le premier train. J’ai cherché le point le plus loin du Québec, vers la mer. J’ai débarqué avec ma guitare et un sac à la gare de L’Anse-à-Beaufils. C’était en juin 1988. Le chauffeur de taxi m’a demandé : tu vas où, garçon? »

C’est à Percé que M. Haroun a rencontré son épouse, une fille de la place, avec qui il a deux enfants, maintenant adultes et indépendants.

Paternité, travail et musique

À travers le travail et la paternité, il a toujours gardé une place pour composer et jouer de la musique. « Je me suis toujours dit que la musique ne dérangerait pas le fait que j’élève une famille. Maintenant, je suis libre. »

Thierry Haroun n’aime pas dire qu’il réalise un rêve en enregistrant ses pièces. « Ce n’est pas un rêve. C’est la suite logique de mon parcours musical. C’est très concret. C’est un travail qui doit se faire au quotidien », explique-t-il.

L’inspiration du Gaspé Project est le fruit d’une vie, de sa jeunesse voyageuse à son travail de journaliste en Gaspésie. « J’ai des pièces que j’ai commencé à écrire dans une chambre du YMCA à New York, ou encore au Kansas, en Oregon… Ça parle de mes expériences de vie, de voyages, de liaisons amoureuses », dit M. Haroun, qui a composé les paroles et la musique de toutes les chansons.

Des travailleurs de la Gaspésia… aux danseuses topless

Paper Mill, « la pièce phare de l’album, est dédiée aux travailleurs de la Gaspésia qui ont sué sang et eau ». I’ve been a bad boy parle d’infidélité, Daytona 500, de la célèbre course automobile et You don’t care, des danseuses topless. Une pièce évoque le combat de Bobby Sands, un militant irlandais mort en prison après une grève de la faim, une autre la lutte des Noirs en Alabama. « C’est dans la tradition des protest songs. Dans tout ça, il y a un engagement social », dit M. Haroun.

The Gaspé Project fait « du folk-blues aux accents de rock », décrit M. Haroun. L’album court, enregistré au studio Tracadièche de Carleton, comptera sept pièces; le concert, environ 16. Sur l’album, Thierry Haroun chante et joue de la guitare. Philippe Chrétien joue de la basse électrique et Martin Hogan, de la batterie. Richard Dunn signe les arrangements et la réalisation. Le guitariste Dominick Briand et le batteur Éric Dumaresq se joindront au groupe pour les spectacles. « J’ai les musiciens que je voulais avoir », dit M. Haroun.

Un album du terroir

L’agence Gaspa de Carleton conçoit un vidéoclip et deux vidéos promotionnels du Gaspé Project. La firme 40 Degrés de Percé s’occupe du design de l’album, du site web et des affiches. « C’est vraiment un produit du terroir […]. On a tout ce qu’il faut ici. L’album sera comparable à n’importe quel album fait dans un grand centre », dit M. Haroun.

Pour l’instant, ce sont ses revenus de journaliste qui financent The Gaspé Project, explique M. Haroun. « J’aimerais que ça marche en Gaspésie et ailleurs. C’est le public qui va décider. On a assez de stock pour faire un album double. On vise aussi le marché anglophone, c’est un produit anglophone. Je vais continuer d’être journaliste. Mais si la musique prend toute la place, il n’y en aura plus, de journalisme. »

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